Traducere Luiza Palanciuc
Les vies non vécues
Ici parmi les tonneaux remplis d’eau de pluie
parmi les églises de poussière et tramways
nous menons notre vie irréelle au jour le jour
nous la remuons d’un pied à l’autre
Quelque part nos amoureux nos disparus nos morts nos jamais rencontrés
portent leur fardeau irréel dans le dos tel un bois pourri
entre la solitude d’hier et celle de demain
trottent les fantômes du désir
Ici chacun a son soleil
chacun a plein de levers et couchers dans le trou au bout du ciel
Ici parmi les klaxons et bouteilles parmi les illusions et les tramways
un enfant a pleuré il y a mille ans
et là encore nous deux nous nous sommes laissés recouvrir par la neige du neuvième ciel
et ensuite le vent t’a saisi
je suis partie avec le dernier métro
Aveugles temps avalent les os des instants épuisés
Nous devrons mourir encore un temps dormir oublier encore quelque chose
Nous devrions supporter un moment le goût de poussière et de cendres
L’heure tardive, les klaxons, la boue
et les irréelles voix les nouvelles jamais entendues les visages jamais vus
Les vies non vécues
Nous suivant à tout bout de champ.
Portrait de tristesse
Il nous arrive parfois de sculpter
Dans la pâte des instants un contour
Un portrait de tristesse
La miséreuse copie des anges
Que nous aurions dû être.
Bloc en pierre
Poignante sérénité
instants qui deviennent des instants
pierres qui à nouveau engendrent d’autres pierres
papillons qui retournent en chenilles
feuilles qui jamais ne tombent
mais volent un peu partout
dans l’âme de l’arbre
Je ne puis m’attraper
jetée je suis quelque part devant moi
comme un boulet
et encore derrière
à l’intérieur me fuyant
Dans un temps sans empreintes bloc de pierre je suis devenue.
Les masques de la vérité
Les masques de la vérité se figent sur nos visages
Dans les cavernes de l’amour nous gémissons
Décomposés et assombris sortons
quelle importance de savoir
la vérité
combien nous étions beaux et sereins
les masques de la vérité nous apprennent à mentir
à nous jeter dans les bras du vide
Rien qui puisse nous abriter devant le désert de l’envie
nous sommes les prisonniers du destin anonyme
le temps jamais ne guérit
et nous léchons ses doigts
Même proches jamais nous ne sommes réunis
mais pas assez seuls pour saisir le goût de l’oubli
dans les cavernes de l’amour traînant nous fléchissons
poursuivant le spectre d’un chant le sourire d’un parfum
broyés par la mémoire d’une vie invécue
Les masques de la vérité deviennent des chimères
Les chimères se font vérité
Un hurlement épais tel une décharge électrique
laisse couler les larmes pour inonder la terre
Un calme comme pour créer un monde
vient après nos silences
seul le frémissement muet de la mélancolie
traverse encore les murs
sa plainte d’enfant abandonné
au carrefour de la mort et la folie.
Funérailles
Dans quelle grotte enfoncée au pied de quel arbre m’enterreront-ils
Sous quelle aile les mots me cacheront-ils
Vers quels lieux
Tel le mort de personne
Sur leurs épaules me porteront-ils
Avec leur démarche de croque-mort légèrement penché sur un côté
Dansant laissant des traces derrière dans la boue tiède de ma vie
Restée sans signature…

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